11 novembre 2009
Le loup et le chien

Le loup et le chien
Jean de LaFontaine
Un loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli , qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers ,
Sire loup l'eût fait volontiers;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le loup donc, l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
«Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui répartit le chien.
Quittez les bois, vous ferez bien:
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi? rien d'assuré; point de franche lippée ;
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez moi, vous aurez un bien meilleur destin.»
Le loup reprit: «Que me faudra-t-il faire?
-Presque rien, dit le chien: donner la chasse aux gens
Portants bâtons et mendiants;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire:
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons:
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de maintes caresses.»
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse
Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé.
"Qu'est-ce là? lui dit-il. - Rien. - Quoi? rien? -Peu de chose.
Mais encor? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché? dit le loup: vous ne courez donc pas
Où vous voulez? - Pas toujours; mais qu'importe? -
Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor."
Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor.
30 octobre 2009
Crépuscule

Image: Gabriel Tremblay
Crépuscule
Il y a longtemps que je l'aimais.
J'ai mis mes bras autour de lui
Collé mon oreille contre son coeur
Pour écouter couler ses veines…
Longtemps… longtemps…
Il m'a dit
Que malgré tous les orages et les intempéries
Chaque seconde se devait d'être vécue
Comme si c'était la première
Que la vie était bonne et qu'il fallait
Quoi qu'il arrive et malgré tout
L'aimer de tout son être
Il m'a dit
Qu'il fallait toujours garder ses pieds sur la Terre
Autant que l'espoir dans son coeur
Que pour voir le printemps, il fallait bien l'hiver
De ne pas pleurer sur quelques feuilles tombées
Qu'il fallait bien dormir pour vivre le réveil
Et pour qu'un jour renaître, il fallait bien mourir
Puis…
L'arbre, mon ami
… s'est endormi.

Image: Judy Larson
22 septembre 2009
Septembre

Image: J.D. Brochu
Septembre
Dans le soir qui s'empourpre, le vent qui s'embourasque
Fait s'enflammer les arbres au seuil de l'effeuillage
Quand l'automne, des jours, modifie la cadence
Septembre danse
Les rires des enfants vibrent la vieille école
La moissonneuse dépêche sa dernière récolte
Quand les pommes, des vergers, alourdissent les branches
Septembre chante
Saison mélancolie d'un doux anniversaire
Où tu marchais pieds nus, si belle, sur notre Terre
Quand la mémoire rappelle ton visage à mon coeur
Septembre pleure
Sans s'arrêter le grand Tisseur file sa robe
Et le temps passe comme l'amour, déjà octobre
Tout doucement, sans faire de bruit, comme une fleur
Septembre meurt
Louve
31 août 2009
La légende de la St-Maurice

Image: Indian lexan services
Légende de la rivière St-Maurice
Un jour, comme c'était la coutume depuis fort longtemps, un très vieil indien, sentant venir la fin de ses jours, décida d'aller s'isoler dans la profondeur de la forêt. Là, dans la plus grande solitude, il rencontrerait l'Esprit de la mort, le Manitou-Femme.
Il partit donc un matin, à la barre du jour, dans son canot d'écorce et atteignit après une longue et éprouvante journée, le lieu qu'il avait lui-même choisi à l'époque de sa jeunesse. Lorsque la nuit tomba, il s'enroula dans couverture et s'allongea devant le feu qui accompagnerait son dernier repos.
Soudain, il fut encerclé par une meute de loups affamés qui attendaient que le feu se consume pour dévorer le vieillard. Sous le coup de l'effroi, regrettant ses forces perdues, il invoqua le mauvais manitou Wendigo et lui offrit son esprit en retour de sa jeunesse et de sa force.
"Très bien, dit le Wendigo, je te redonnerai la vigueur de tes 20 ans, mais tu devras tourner la pointe de ton canot vers le soleil levant et pagayer à travers les terres qui s'ouvriront sur ton passage. Lorsque tu atteindras les grandes eaux noires, tu mourras. "
Le vieil homme redevenu jeune fit facilement s'enfuir les loups. Puis, comme il l'avait promis, il s'installa dans son canot et le dirigeant vers l'est, il voyagea pendant deux lunes. Devant lui, les terres s'ouvraient pour le laisser passer. Tout en pagayant, il se disait qu'il devrait ralentir sa course pour ne pas arriver trop vite près des grandes eaux noires évoquées par le manitou et ainsi vivre plus longtemps. Il décida de faire une pause.
Il s'aperçut avec effroi que aussitôt le canot arrêté, il se mettait à monter et monter haut dans les airs. Il reprit donc tout de suite sa route mais déjà une grande chute s'était formée sous lui. Il la dévala d'une vitesse vertigineuse et décida, vu le danger, d'éviter désormais de s'arrêter aussi longtemps.
Cependant, comme il désirait toujours prolonger sa vie, il se mit à serpenter de gauche à droite sur de longues distances dans l'espoir de retarder ainsi son arrivée aux grandes eaux noires. Mais il finit malgré tout par arriver en face du grand fleuve où son canot se brisa en plusieurs morceaux emportant notre homme dans les profondeurs de l'onde.
C'est ainsi que fut créée la grande rivière St-Maurice, dans la région de la Mauricie au Québec et voilà pourquoi elle est entrecoupée d'une grande chute et d'autres plus petites et qu'elle fait tant et tant de détours avant de se jeter enfin dans le St-Laurent. On dit même que les îles des Trois-Rivières se seraient formées autour des morceaux de son canot…
Légende Atikamekw entendue en Mauricie.
Adaptation et transcription: Louve
Le Wendigo, créature surnaturelle et maléfique mesurant plus de vingt pieds (7 mètres) et vivant au coeur de la forêt.
30 août 2009
Le véritable Amour

Image: http://sarah-stragiotti.org
Le véritable Amour
Celui qui accueille et qui laisse partir
Celui qui donne sans souci de recevoir
Celui qui sourit à l'enfant qui naît
Celui qui fait confiance et qui valorise
Celui qui enveloppe de compassion
Celui qui ne voit que la beauté en chacun
Celui qui élève la conscience et l'esprit
Celui qui pardonne et qui bénit
Celui-là c'est l'Amour véritable
Divin, Inépuisable et Infini
C'est celui que tu portes au fond de ton cœur.
Un Ange
Adaptation d'un extait du livre "Le pont de Cristal" de Marjolaine Caron
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