19 mars 2008
Un Peuple à effacer
Image: culture-amerindien.com
Un peuple à effacer
Tuer l'Indien au coeur de l'enfant
Décembre 1962
La grande auto noire s'était enfin arrêtée après avoir roulé des heures. Sur la banquette arrière une petite fille de 5 ans à peine, le nez collé à la vitre, ouvre de grands yeux ébahis sur l'énorme bâtiment de pierres. De toute sa vie, elle n'a jamais vu de maisons aussi grandes. La portière s'ouvre et l'homme lui sourit en lui faisant signe de descendre. Il lui prend la main pour la conduire à la porte de l'institution.
Son petit cœur bat très fort dans sa poitrine, elle ne sait pas ce qu'elle vient faire ici parmi tous ces étrangers, ni ce qu'on attend d'elle. Elle observe cet inconnu qui est venu les visiter dans sa maison ce matin, avec ses habits de toile tout neufs et son odeur sucrée. Il avait parlé dans la langue des blancs. Les hommes avaient discuté très fort et les femmes avaient pleuré. Puis sans un mot d'explication, on l'avait habillée et emmenée.
La religieuse qui vient leur ouvrir la regarde à peine alors que l'homme la pousse à l'intérieur puis s'en retourne aussitôt. Elle reste là avec cette dame inconnue toute vêtue de noir qui s'adresse à elle dans une langue qu'elle ne comprend pas et qui lui fait peur. Elle se met à pleurer. Elle voudrait retourner chez-elle avec les siens.
Mais sans l'écouter, on lui enlève ses vêtements, on la lave, on coupe ses cheveux, on lui passe une tunique empesée et froide dans laquelle elle se sent inconfortable. Lorsqu'à la fin, on la laisse pour la nuit dans la grande salle remplie de petits lits et de couchettes en rangées serrées, tremblante de peur et de frustration, elle n'a plus qu'une seule idée: s'enfuir très loin d'ici et retourner chez-elle.
Il y a 45 ans de cela. Elle n'est toujours pas rentrée…
C'est à travers des souvenirs rendus un peu flous par le nombre des années, les souvenirs de la petite fille confuse et effrayée que j'étais alors, que je raconte aujourd'hui cette histoire. Ainsi ce jour-là, j'avais été officiellement inscrite à la "crèche" de Gaspé, pour y être adoptée: je ne retrouverais plus jamais ma culture, je ne reparlerais plus ma langue, je ne serais plus jamais en contact avec mes racines. Mais pour moi contrairement à ce qui est arrivé à des centaines d'autres enfants amérindiens, l'assimilation se ferait sans les sévices et les menaces avec lesquels, eux, devaient vivre tous les jours dans les pensionnats indiens, sans les punitions et les humiliations qu'ils devaient y subir. Dans mon cas, effacer l'indien de mon cœur pourrait se faire sans violence et même avec douceur, par l'adoption.
Mes parents étaient décédés et bien qu'un oncle m'ait recueillie pour m'élever sur la réserve avec notre famille, l'agent du ministère est venu me prendre chez-moi ce jour-là. Il avait dû être fort content de son travail, grâce à lui on aurait réussi à civiliser une petite sauvageonne de plus !
Il avait presque raison. Dès le lendemain de mon arrivée chez les religieuses, j'ai accroché d'abord par un coin de son manteau à lui et ensuite par un coin de leurs cœurs, un couple de Québécois qui passaient tout près de mon lit. Ils ont été des parents adoptifs extraordinaires, faisant l'impossible pour me donner tout ce qu'un enfant peut désirer: une bonne éducation, beaucoup d'attention et tout leur amour. J'ai été bien élevée, j'ai grandi comme n'importe quelle petite fille blanche de mon entourage et j'en ai reçu tous les privilèges. Oh oui, j'ai vraiment eu beaucoup de chance.
Pourtant, je n'ai jamais oublié un seul instant mes racines autochtones. Plongée du jour au lendemain dans une culture qui m'était totalement étrangère et dans laquelle j'étais montrée du doigt comme un animal de cirque, j'ai commencé par me révolter, vouloir m'enfuir, puis, je n'ai pas eu le choix d'apprendre à imiter ceux qui m'entouraient et qui malgré tout, même malgré moi, m'aimaient comme leur propre enfant. Peu à peu, les traces de mon identité algonquienne ont commencé à s'estomper, du moins en apparences, et bientôt, il n'en paraissait presque plus rien. Extérieurement l'indienne s'était tue mais dans sa tête et dans son cœur résonnaient encore et toujours, les tambours.
Durant toute mon enfance et mon adolescence, j'ai cherché à retrouver ces racines qu'on avait voulu m'arracher, j'ai recherché cette identité perdue, dans les livres, les magazines, les journaux, les documentaires partout où on parlait des miens, partout où je pouvais. Mais les informations étaient déguisées, blanchies, filtrées à travers des regards qui ne comprenaient pas les choses qu'ils voyaient ou les gens dont ils essayaient de parler et mes questions sont restées muettes faute de savoir à qui les poser.
Aujourd'hui c'est avec consternation et tristesse que je réalise que ces racines que j'ai tant cherchées, je ne les retrouverai jamais intactes et que mes questions demeureront probablement sans réponses. La culture algonquienne est bien différente aujourd'hui de ce qu'elle était autrefois.
Depuis toujours la tradition amérindienne a été transmise de façon orale à travers les rêves, les contes et les légendes, à travers la parole des anciens. En retirant les enfants de leurs familles, en les privant de leur langue et de leur mode de vie, on les privait non seulement de leur passé mais aussi de leur avenir. Quand, après le pensionnat, ils rentraient finalement chez eux, comment leur était-il possible alors d'évoluer et de s'épanouir au milieu des leurs? Ceux-là même que durant tant d'années, on leur avait enseigné à mépriser? Comment vivre au sein d'une culture dont ils avaient appris à avoir honte? Comment apprendre des parents et des anciens, si on ne parle même plus le même langage?
De même, en éloignant les parents de leurs enfants, en les privant de leur rôle d'éducateurs, de leurs rôles de parents, on leur enlevait leur dignité.
Dans un reportage télévisé sur les pensionnats, il y a quelque temps, on citait un des responsables de l'époque: " L’objectif avoué de l’éducation est d’opérer une transformation radicale : il faut « tuer l’Indien au cœur de l’enfant ». En réalité, messieurs les agents du ministère, vous n'avez jamais réussi à tuer l'Indien au cœur des enfants, c'est toute leur fierté que vous avez tuée. La fierté d'être ce qu'ils étaient, des êtres humains d'une culture différente.
Délaissé par ses propres enfants, le peuple algonquien blessé se vide lentement de son essence, de son sang.
Aujourd'hui, parqués dans des réserves où les logements sont trop petits et pas assez nombreux, ils vivent dans des conditions d'insalubrité et de pauvreté extrêmes, noyés dans l'alcool et la drogue, brisés par la violence et par les cas de plus en plus nombreux de suicide, ils ont perdu espoir. Leur culture morcelée, atrophiée, n'existe pratiquement plus. Pour eux, une seule issue: oublier. Oublier ce qu'ils ont été. Oublier surtout ce qu'ils sont devenus. Oublier qu'au-delà des limites de la réserve, il y a tous les autres, riches, soi-disant civilisés, fiers habitants d'un pays qui se veut ouvert au monde et aux autres cultures. Tous ceux qui les regardent dépérir sans faire le moindre geste. Tous les autres qui savent et qui pourtant gardent le cœur et les yeux désespérément fermés.
Louve.
(Texte publié dans le journal "Le Jumelé" édition Hiver 2008)
Commentaires
je te savais proche de ce peuple mais sans te savoir apparenté. Quelle horreur que ces pratiques qui doivent dater d'une cinquantaine d'année dans un pays qui en outre semble toujours un modèle de tolérance. ( Il s'agit bien du canada?). Je te sais tres proche de tes racines et on sent qu'ils n'ont pu meurtrir ton âme. La louve sera toujours près de sa meute.
Bises albatrosques.
Mais oui Lio
Il s'agit bien de mon peuple et de mes racines... et il s'agit bien du Canada, oui. Un pays réputé ouvert et juste en effet. Disons que le Canada n'a pas toujours été adroit dans sa façon "d'aider" ses autochtones et encore aujourd'hui, les relations entre les deux peuples restent difficiles. Et tu as aussi raison: Ils n'ont pas touché mon âme. C'était il y a bien longtemps, Lio. J'ai appris dernièrement que le dernier pensionnat indien n'a été fermé qu'en 1996! À peine douze ans.
Oui le Canada a bonne réputation quant aux immigrants des autres pays, mais en ce qui a trait aux Amérindiens qui y vivent, les choses sont loin d'être réglées. Tout reste encore à faire...
Merci Lio de ton intérêt. Si le coeur t'en dit, tu trouveras de plus amples informations sur cette pratique en suivant le lien suivant:
http://www.wherearethechildren.ca/fr/edu_materials3.html
Je t'embrasse.
bonsoir
Ma gentille puce: oui je serais par la pensée toujours prés de toi et je t'envois toutes mes lumiéres pour te proteger toi qui est qu'une avec ce peuble que j'adore..
calin de Michelotte
Ma belle Étoile
Quel beau câlin! Ça fait chaud au coeur. Je te remercie pour ta Lumière ma belle Michèle. Tes pensées sont précieuses pour moi. GROS BISOU
Je
ne savais pas qu'on pouvait arracher une fillette de son peuple si brutalement. Cela a dû être très dur pour toi et tous ces enfants. Et c'est beau que tu sois restée ainsi attachée à tes racines. Bisous ma louve
Arrachés...
Oui c'est bien le mot juste ma belle Coralie. Dans ces années-là, c'était le sort de presque tous les enfants Amérindiens du Canada. Ils ont subi tant de douleurs et d'humiliations, tant de sévices que beaucoup y sont morts et aujourd'hui on tente de mettre sur pieds un système de dédommagement gouvernemental pour les victimes des pensionnats indiens mais on ne pourra jamais combler le grand trou qu'on a fait au coeur même de ce peuple...
Merci d'avoir lu... d'avoir ressenti... d'avoir compris. Je t'embrasse.
Dur d'être séparé de ses racines... Surtout d'une manière si cruelle. Non, ils n'ont pas tout détruit, ils n'ont pas tout pris, et tu en es la preuve.
J'ai lu ton histoire il y a quelques jours, entre deux révisions.. Je n'avais pas de mots pour te "prévenir".. Elle m'avait touchée.
Je te souhaite une bonne soirée Louve.. Et un bon week-end, même s'il se termine déjà.
Audrey!
Tu es de retour sur les blogs?
Mais je savais pas ça moi!! Je vais bien vite te remettre dans mes liens... voilà...
Merci de tes mots ma belle Audrey... je suis heureuse de te retrouver toi. Merci de cette belle visite. GROS BISOU.
Oh pardon... Je pensais que tu savais... :$ Merci Louve.. ça m'a fait du bien de passer un peu chez toi ce soir.. Gros bisous à toi
PS
Est-ce que tu verrais un inconvénient à ce que je te mette dans mes liens également ?
Eh non...
Faut dire que j'ai été un peu absente dernièrement... mais tu vois? On se retrouve toujours ... j'étais justement chez toi là...
J'y retourne... :-)
Bien sûr que non...
J'en suis flattée, au contraire... Merci :-)
Sourire
Oui, j'ai su ton absence, j'ai été absente aussi mais, moins longtemps.. Et puis après.. Après tout ça j'ai changé d'endroit.
(Alors je te rajouter de suite :) )
A bientôt =)
de toute mon âme
et mon coeur avec toi et les Tiens ma LouveBelle je t'aime ma petite fille de Coeur....je ne peux dire que ces mots encore trop pauvres pour dire ce que" je sens..et vois.."viens sur mon coeur que je te berce avec toute ma tendresse!!!!!!!!!!!!!ta Loba****
J'ai dmandé
à ma mère, en prières, de venir me prendre dans ses bras... comme d'habitude, elle t'a envoyée à sa place... sourire... Je t'aime aussi ma Spirit Mother, ma mère-Esprit... Merci. Je t'embrasse. Tendresse.
MERCI
pour ton amour ma chérie...merci à ta maman....baisers doux ma chérie***
J'ai visionné
ton magnifique et émouvant vidéo... La Loba et la Seigneurie des Loups... juste... je t'aime. Merci.
je n'avais pas vu
ton dernier com...je l'ai créer pour toi ma douce***baisers doux ma tendresse***de ta Loba*
C'est magnifique
ma Baladine, tout simplement magnifique. Mille bisous et autant de mercis. Tu es un ange.
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