Jo, Coeur de Louve

Mon peuple, mes écrits, mes amours, mes amis, ma vie... mon âme

24 mai 2008

La Rose de la prairie

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Photo: netblog.com

La Rose de la prairie





 

Il y a bien, bien longtemps, quand le monde était jeune et que les gens n'avaient pas encore émergé, aucune fleur n'égayait la prairie. Seuls y poussaient des herbes et de ternes buissons gris-vert. Terre était bien triste, car sa robe manquait de couleur et de beauté.

« J'ai tant de belles fleurs dans le cœur, se disait alors la Terre. Comme j'aimerais qu'elles soient sur ma robe. Des fleurs bleues comme le ciel clair des beaux jours, des fleurs blanches comme la neige de l'hiver, des fleur d'un jaune éclatant comme le soleil de midi, des fleurs roses comme une aube de printemps, toutes, je les porte dans mon cœur. Je suis si triste quand je regarde ma robe terne, toutes de gris et de bruns.

Une tendre petite fleur rose entendit la plainte de Terre. « ne soit pas triste, Terre-Mère », je vais aller pousser sur ta robe et la rendre plus belle. »

Alors, la petite fleur rose monta du cœur de la Terre-Mère pour égayer la prairie. Mais lorsque le Démon du Vent l'aperçut, il se mit à gronder : « je ne veux pas de cette jolie petite fleur sur mon terrain de jeu. »

Hurlant et rugissant, il se précipita sur elle et souffla la flamme de sa vie. Mais l'esprit de la fleur revint au cœur de la Terre-Mère.

Quand d'autres fleurs courageuses sortirent à leur tour, le démon du Vent les tua l'une après l'autre. Et leur esprit revint au cœur de la Terre-Mère.

A la fin, Rose-de-Prairie proposa d'y aller. « Bien sur, ma douce enfant, lui dit Mère-Terre. Je te laisserai partir. Tu es si jolie et ton souffle si parfumé que le Démon du Vent en sera charmé. Il te laissera sûrement rester dans la prairie.

Rose-de-Prairie fit donc le long voyage à travers le sol sombre et sortit dans la prairie terne. Tandis qu'elle cheminait, Terre-Mère se disait en son cœur « Comme j'aimerais que le Démon du Vent la laisse vivre ! »

Lorsque Démon du Vent l'aperçut, il se rua vers elle en hurlant : « Elle est jolie, mais je ne veux pas d'elle sur mon terrain de jeu. Je vais souffler la flamme de sa vie. » Et il s'élança, grondant et soufflant en violentes bourrasques. Mais en s'approchant, il sentit le parfum de Rose-de-Prairie.

« Comme il est doux, se dit-il alors. Je n'ai pas le cœur d'ôter la vie à une si jolie jeune personne au souffle si parfumé. Il faut qu'elle reste ici, avec moi. Il faut que j'adoucisse ma voix, que je lui chante de douces chansons. Il ne faut pas que je l'effraie avec mon terrible vacarme ».

Et le démon du Vent changea. Il se fit paisible. Il envoya de douces brises sur les herbes de la prairie. Il susurra et fredonna de petits chants de joie. Il avait cessé d'être un démon.

Alors, les autres fleurs montèrent du cœur de la Terre-Mère à travers le sol sombre. Elles firent de sa robe de prairie une parure gaie aux couleurs vives. Même le Vent en vint à aimer les fleurs qui poussaient parmi les herbes de la prairie. C'est ainsi que la robe de Terre-Mère devint belle, grâce à Rose-de-Prairie, à sa beauté, son parfum et son courage.

Il arrive parfois que le Vent oublie ses doux chants, qu'il gronde et fasse du tapage. Mais ce bruit ne dure jamais longtemps. Et il ne fait jamais de mal aux personnes qui portent des robes couleur de la Rose-de-Prairie.

Histoire des Sioux Lakota





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22 avril 2008

Terre-Mère

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Photo: Louis Poulin








22 avril 2008.  Jour de la Terre.





La légende de la Terre-Mère




Au commencement, la terre n'existait pas. Le monde était une île qui flottait au-delà du ciel dans l'océan des premiers âges. Une jeune femme de la nation huronne-wendat, nommée Aataensic, partit à la recherche de plantes médicinales.

Elle trébucha sur la racine d'un arbre qui s'abattit et qui l'entraina dans sa chute dans un trou du ciel. Pour la sauver de la noyade, les animaux se précipitèrent. Émues par sa beauté, les grandes oies prirent leur envol et amortirent sa chute et la déposèrent sur le dos de la tortue puisqu'il fallait lui trouver un endroit confortable où elle pourrait vivre.

Les animaux tinrent conseil et ils décidèrent de créer pour elle une grande terre. Avec beaucoup de difficulté, ils recueillirent un peu de boue qui était collée aux racines de l'arbre.

La Grande Tortue offrit de porter cette terre sur son dos. Aussi les animaux se mirent-ils à étendre la boue sur la carapace de la Grande Tortue et cette terre grandit jusqu'à devenir une grande île, puis un continent, et puis la terre que nous connaissons.

C'est ainsi que la nation huronne-wendat, l'une des premières nations du Québec, raconte la légende de la création de la terre.

texte : Mosaïcultures 2003, Vieux-Port de Montréal, été 2003
fun fou.com








calumet






La terre n'appartient pas à l'homme
C'est l'homme qui appartient à la terre
La terre est donc notre mère à tous.





SEATTLE, chef des Indiens Dwamish, en 1854, au Président des USA






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23 mars 2008

Le Corbeau

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Image: Richard Hook








Comment le corbeau est devenu noir







Il y a très, très longtemps, quand la terre et ses habitants étaient encore jeunes, les corbeaux étaient tous blancs comme neige. En ce temps-là, les hommes n'avaient ni chevaux, ni fusils, ni armes en métal. Mais ils dépendaient pourtant de la chasse au bison pour manger et survivre. Il était difficile, aléatoire et dangereux de chasser le bison à pied, avec des armes à pointe de pierre.

Les corbeaux rendaient les choses encore plus difficile aux chasseurs, car ils étaient les amis des bisons. Ils montaient très haut dans le ciel, au-dessus de la prairie, d'où ils pouvaient voir tout ce qui se passait. A chaque fois qu'un chasseur s'approchait d'un troupeau, les corbeaux volaient jusqu'à leurs amis, et, se perchant entre leurs deux cornes, ils les mettaient en garde « Croa, croa, croa, chers cousins, voici venir des chasseurs. Ils sont en train de ramper dans le ravin qui est là-bas. Ils sont derrière cette colline. Attention ! Croa, croa, croa! » en les entendant, les bisons s'enfuyaient au galop, et alors, les gens mouraient de faim.

Les hommes se réunirent donc en conseil pour décider quoi faire. Parmi les corbeaux, il en était un énorme, deux fois plus gros que tous les autres, qui était leur chef. Pendant le conseil, le vieux sage se leva et suggéra ceci : « il nous faut prendre le grand corbeau blanc et lui donner une bonne leçon. Nous n'avons que cette solution, ou bien nous allons continuer à avoir faim » Il prit une grande peau de bison, entière, avec la tête et les cornes, et il la posa sur les épaules d'un jeune brave, en disant : « mon neveu, glisse-toi parmi les bisons. Ils te prendront pour l'un des leurs, et ainsi tu pourras capturer le grand corbeau blanc »

Ainsi déguisé en bison, le jeune homme se faufila au milieu du troupeau et fit semblant de brouter. Les grands animaux hirsutes ne lui prêtèrent pas la moindre attention. Ensuite les chasseurs quittèrent leur campement et le suivirent, leur arcs tous prêts. Comme ils s'approchaient du troupeau, les corbeaux s'en vinrent, comme d'habitude, prévenir les bisons : « croa, croa, croa, chers cousins, les chasseurs viennent pour vous tuer. Gardez-vous de leurs flèches. Croa, croa, croa ! » Et, comme d'habitude, tous les bisons de s'enfuir au galop....... Tous, sauf bien sûr le jeune chasseur sous sa peau hirsute, qui faisait semblant de continuer à brouter.

Le grand corbeau blanc vint donc se percher sur les épaules du chasseur, et battant des ailes, il lui dit « Croa, croa, croa, mon frère, es-tu sourd ? Les chasseurs sont tout près, juste de l'autre côté de la colline. Sauve-toi ! » Mais, à ce moment-là, le jeune chasseur laissa tomber sa peau de bison et s'empara de grand corbeau en le saisissant par les pattes. Puis il prit un lien de peau, lui attacha les deux pattes ensemble et attacha l'autre extrémité à une grosse pierre. Le corbeau se débattait tant qu'il pouvait, mais en vain.

Les hommes de nouveau tinrent conseil. « qu'allons-nous faire de ce sale corbeau, qui nous a affamés tant de fois ? Je vais le brûler ! « s'écria un chasseur en colère. Et avant qu'on ait pu faire le moindre geste, il arracha le corbeau des mains du jeune chasseur et le plongea dans le feu du conseil, avec sa pierre et sa lanière de cuir. « ça t'apprendra ! » lui dit-il.

Bien entendu, le lien qui l'attachait à la pierre brûla complètement presque tout de suite, et le grand corbeau réussit à s'envoler. Mais il était un peu roussi, et certaines de ses plumes étaient carbonisées. Il était toujours aussi gros, mais il n'était plus blanc. « croa, croa, croa ! « cria-t-il en s'envolant du plus vite qu'il pût. Jamais je ne recommencerai ; je n'avertirai plus les bisons, Je vous le promets ! Croa croa croa ! »

C'est ainsi qu'il réussit à s'échapper. Mais, depuis ce temps-là, tous les corbeaux sont noirs.


Raconté par les Sioux Brûlés


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27 février 2008

Deux loups

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Image: Denton Lund






Un vieil indien enseignait une leçon à son petit fils, il lui dit en ces mots:

Fils de mon fils, afin que tu comprennes les choses de la vie, écoute l'histoire que je vais te raconter:

Il y avait au cœur de la forêt, deux loups qui s'affrontaient en un impitoyable combat.

L'un des deux loups portait ce nom: Courage, dignité, droiture, honneur, vaillance, bonté et amour.
 
L'autre se nommait Couardise, lâcheté, méchanceté, égoïsme, préjugés et haine.

Alors, le jeune garçon demanda:  Grand-père dis-moi, lequel des deux loups sera-t-il victorieux dans cet affrontement?

Le vieux sage répondit: Celui des deux que tu nourriras... 





                                                                        Légende Lakota






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02 novembre 2007

Deux-Joncs

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Image: Frank Howel





Deux-Joncs




 

Dans un village, en bordure du Pays-des-Esprits, la fille du chef était malade. Son père appela le sorcier. Celui-ci resta enfermé toute la nuit avec la jeune fille. Au matin, il déclara au père :

•  J'ai conversé avec l'âme de ta fille. Elle a décidé de prendre le sentier de gauche, là où le chemin bifurque en haut de la montagne. Ta fille mourra donc. Nous devons respecter sa volonté et il n'est plus en mon pouvoir de la sauver. J'ai dit !

On peignit la malade aux couleurs de la mort : un trait noir sur le front et des cercles blancs autour des yeux. Et la fille mourut.

Dans le même village habitait un jeune homme. Il .était si mince et ses jambes si maigres que tout le monde l'appelait Deux-Joncs.

Deux-Joncs vivait misérablement dans une pauvre hutte avec sa mère. Sa sœur venait de mourir et le jeune homme s'ennuyait. Il dit à sa mère :

•  J'ai décidé de prendre femme

•  Interroge les vieilles du village. Peut être l'une d'elles acceptera de t'épouser.

•  Je ne veux pas d'une vieille, mais d'une jeune et jolie femme. De préférence une fille de chef.

La mère haussa les épaules.

Pendant la nuit, Deux-Joncs se glissa jusqu'à l'échafaud funéraire où avait été placée la défunte fille du chef et s'empara du cadavre. Le jeune homme marcha vers le sud avec son sinistre fardeau. Il ne lui fallut pas moins de deux jours pour atteindre le grand fleuve. Sur l'autre rive, un grand bonhomme fumait sa pipe assit sur une grosse pierre.

•  N'est-ce pas Deux-Joncs qui j'aperçois là-bas ? Il me semble qu'il ne porte sa sœur sur son dos.

•  Ce n'est pas ma sœur mais ma femme ! Cria le jeune homme. Elle est morte et je la porte chez les Esprits afin qu'ils la ressuscitent. Fais-moi traverser.

« Peut-être est-ce sa sœur et il dit que c'est sa femme », pensa le grand homme.

Toujours est-il qu'il écarta les jambes, posa un pied sur chacune des rives et aida Deux-Joncs à franchir le fleuve. Le jeune homme pu donc poursuivre son pénible voyage. Il arriva enfin au Pays-des-Esprits.

•  Regardez, vous autres. Voilà le pauvre Deux-Joncs, il porte sa sœur sur son dos.

•  Il ne s'agit pas de ma sœur mais de ma femme. Elle est morte et je vous l'amène pour vous la fassiez revivre.

•  Depuis quand est-elle morte ?

•  Cela fait trois jours.

•  Alors, va plus loin, à l'autre pays où ils ressuscitent les gens qui sont morts depuis 3 jours. Ici, nous ne nous occupons que des morts de la veille.

Deux-Joncs reprit le cadavre, se remit en marche, et arriva le lendemain dans un autre village.

•  Ma pauvre femme est morte, se lamenta Deux-Joncs.

•  Tu veux dire ta sœur ?

•  Non, il s'agit de ma femme. Je viens pour que vous la fassiez revivre.

« Il dit sa femme en parlant de sa sœur, songea un Esprit. Comment une fille aussi jolie et si jeune aurait-elle accepté d'épouser le pauvre Deux-Joncs.? »

Un autre Esprit interrogea :

•  Depuis quand est-elle morte ?

•  Cela fait maintenant quatre jours

•  Alors, va plus loin, au pays où ils ressuscitent les gens morts depuis plus de quatre jours. Ici, nous ne le faisons que pour ceux qui sont décédés depuis trois jours seulement.

Deux-Joncs marcha encore, portant le cadavre de la fille du chef. Il atteignit enfin le troisième village.

•  Tiens voici le pauvre Deux-Joncs. Il porte assurément sa sœur sur son dos.

•  Ce n'est pas ma sœur mais ma femme. Je viens vous demander de la ressusciter.

Incrédules, les Esprits examinèrent la morte.

•  Mais il dit vrai ! Il s'agit de la fille du chef de la tribu des Chinook

L'un deux dit à Deux-Joncs :

•  Reste ici, nous allons voir ce que nous pouvons faire pour elle.

Comme les traits de la jeune fille commençaient à se creuser, les Esprits lui rendirent sa fraîcheur en la lavant avec de l'eau claire. Puis ils oignirent son corps afin de lui faire perdre son odeur de cadavre. Ensuite, ils la baignèrent dans de l'eau de mer.

Alors, le cœur de la jeune fille se remit à battre et elle revint à la vie.

Deux-Joncs remercia les Esprits et s'en alla avec la fille du chef. Ils s'épousèrent et vécurent heureux en bordure d'une forêt.

Cependant, la jeune femme éprouva le désir de revenir dans son ancien village. Deux-Joncs l'emmena donc et l'installa dans la maison de sa mère.

Un matin, le fils du chef vint à passer par là. Il entendit une voix de femme dans la hutte de Deux-Joncs. Ce n'était pas la voix chevrotante de sa vieille mère mais plutôt celle d'une jeune femme. Intrigué, il risqua un œil entre deux branches disjointes de la cabane. Effaré par ce qu'il avait vu, il revint chez son père en criant :

•  Ma sœur n'est pas morte ! Elle vit dans la hutte de Deux-Joncs !

Le chef cru que son fils était devenu fou et il le secoua dans l'espoir de lui faire recouvrer la raison. Mais son fils continua de dire :

•  J'ai vu ma sœur. Elle est vivante, elle parlait avec Deux-Joncs et sa mère.

Le père ne le cru pas. Néanmoins, par acquit de conscience, il se rendit dans la cabane qu'habitait Deux-Joncs.

En entrant, il vit sa fille.

•  Comment se fait-il qu'elle soit là ? interrogea-t-il.

Deux-Joncs sourit.

•  N'est-il pas normal qu'une femme vive auprès de son mari ?

•  Mais ma fille n'était-elle pas morte ?

•  N'est-il pas normal qu'une femme revive après avoir été ressuscitée ?

Fou de rage de voir sa fille avec Deux-Joncs, le chef leva son casse-tête et l'abattit sur le crâne du jeune homme. Au moment où Deux-Joncs tomba mort, la fille du chef mourût en même temps que lui.

Regrettant aussitôt son geste, le père de la jeune femme dit au cadavre de Deux-Joncs :

•  Réveilles-toi et garde-la puisque tu l'as épousée. C'est ton beau-père qui t'en conjure.

Deux-Joncs reprit quelques couleurs et revint à la vie. Hélas, dès qu'il vit sa femme morte, il poussa un cri perçant. Puis, Deux-Joncs se transforma soudain en geai bleu et s'envola vers les grands arbres.

•  Reviens ! Lui cria le chef. Nous avons encore besoin de toi pour ressusciter ma fille.

Le chant d'un geai parvint dans la hutte. Il disait :

•  Un geai bleu n'est pas assez fort pour transporter une femme jusqu'au Pays-des-Esprits.

Et la fille du chef resta morte.

 

Légende Chinook.  Texte rédigé Par Ka-Be-Mub





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04 octobre 2007

Histoire d'étoiles

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Image: Steven Michael Gardner





Les étoiles dans le ciel







Autrefois il y avait cinq loups, tous frères, qui erraient en bande. Quand ils chassaient, ils partageaient toujours leurs prises avec Coyote. Un soir, Coyote les vit qui regardaient le ciel.

« Qu'est-ce que vous regardez là-haut, frères ? s'enquit-il.

« Oh, rien ! » répondit le plus âgé des loups.

Le lendemain, Coyote les vit tous à nouveau en train de regarder le ciel. Il questionna, par rang d'âge, le second des loups, mais celui-ci ne voulut rien dire. Et cela continua de la sorte pendant trois ou quatre soirées. Aucun ne voulait dire à Coyote ce qu'ils regardaient tous, de peur qu'il ne mette son grain de sel dans leurs affaires. Un soir, Coyote demanda au plus jeune de la bande de lui dire de quoi il s'agissait, et celui-ci se tourna vers les autres : « Bah, disons à Coyote ce que nous voyons là-haut. Il ne va pas s'en mêler »

Ils lui dirent donc : « Là-haut, tout là-haut, il y a deux animaux, inaccessibles.

- Eh bien, allons-y, répliqua Coyote.

- Aller là-haut ? et comment ?

- Oh, c'est tout simple, dit Coyote, je vais vous montrer »

Coyote réunit un grand nombre de flèches et commença à les décocher dans le ciel. La première resta accrochée au ciel ; la seconde se ficha dans la première, et ainsi de suite, si bien qu'elle formaient comme une échelle descendant jusqu'à la terre.

« Maintenant, nous pouvons monter là-haut » dit Coyote.

Le plus vieux des loups ouvrit la marche, emmenant son chien. Il était suivi des quatre autres loups, et enfin de Coyote. Ils grimpèrent tout le jour et jusque tard dans la nuit. Toute la journée suivante, ils grimpèrent encore. Ils grimpèrent pendant des jours et des nuits, et atteignirent enfin le ciel. Ils s'arrêtèrent dans le ciel et contemplèrent les deux animaux que les loups avaient aperçus d'en bas. C'étaient deux grizzlis.

« N'approchez pas, dit Coyote. Ils vous mettraient en pièces. » Mais les deux plus jeunes loups s'étaient déjà rapprochés, bientôt suivis des deux moins jeunes. Seul, le plus âgé restait en arrière. Quand les loups s'approchèrent des ours, il ne se passa rien. Les loups s'assirent et examinèrent les ours, et les ours, toujours assis à leur place, toisaient les loups. Quand il vit qu'il n'y avait pas de danger, le vieux loup vint rejoindre les autres et s'assit là avec son chien.

Coyote, lui, n'approcha pas davantage. Il n'avait pas confiance dans les ours. « en tout cas, c'est bien joli à voir, se dit-il. Ils ont belle allure, tous assis comme ça. J'ai bien envie de laisser l'ensemble tel quel, que tout le monde puisse le voir. Et quand les gens verront cela dans le ciel, ils diront « savez-vous qu'il y a une histoire à l'origine de cette composition ? » et ils parleront de moi.

Il laissa donc le tout intact. Sur le chemin du retour, il arracha les flèches une à une derrière lui : ainsi, personne ne pouvait plus redescendre. Revenu sur la terre, il contempla, admiratif, l'arrangement qu'il avait laissé là-haut. Et ça n'a jamais bougé depuis. De nos jours, on appelle cette constellation le Grand Chariot. En regardant bien, on voit que trois loups composent le timon, et que le plus vieux, celui du milieu, a toujours son chien à ses pieds. Les deux jeunes loups forment l'avant du chariot, et les deux grizzlis l'arrière, qui pointe vers l'étoile polaire.

De voir comme cela était beau, Coyote eut envie de remplir le ciel d'étoiles. Il disposa donc des étoiles partout en motifs, puis pour utiliser ce qu'il lui restait, il traça la Voie Lactée.

Quand il eut fini son ouvrage, Coyote manda Alouette sa sœur. « raconte à tous, je te prie, quand je ne serai plus de ce monde, que cette ordonnance des étoiles qu'ils voient au firmament, c'est moi qui l'ai conçue ; c'est mon œuvre. »

Et Alouette nous raconte aujourd'hui encore cette histoire de Coyote.




                                                                                           Histoire Wasco





Il s'agirait effectivement de la version amérindienne relatant la naissance de la constellation de la "grande ourse"...









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08 juillet 2007

La grand-mère de pierre

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Image: Laurence Filion


La ville de Grand-Mère au Québec
doit son nom à cette légende,
racontée ici à la façon de....
Paule Doyon





La grand-mère de pierre





L’heure est venue, dit le bel Indien, je pars…

- Un instant encore…fit la brune Indienne, sa jeune femme, en finissant de tresser la longue natte de ses cheveux sombres. Elle donnait l’air de se presser, mais en réalité, elle y mettait tout son temps. Ses doigts bronzés luisaient dans le matin qui tâchait de se dépêtrer de ses haillons de brumes.

- Je ne peux plus attendre ! répéta l’Indien, le soleil monte, la brume se dissipe…

- Je viens ! Je viens ! reprit l’Indienne de sa voix flûtée, en feignant de chercher à travers ses colliers de wampuns un objet qu’elle ne trouvait pas.

- Je pars seul alors ! fit l’Indien.

- Non ! …je t’accompagne jusqu’à la rivière…

Elle inspecta une dernière fois la tente. L’Indien, irrité, lui tira vivement le bras :

- Allons ! Tu sais bien que je dois partir ! Il avait élevé la voix. L’Indienne le suivit, légère et discrète, à petits pas… Il était grand en avant d’elle, avec ses deux plumes sur ses cheveux gras. Il marchait comme un fauve. À pas feutrés. Il glissait sur la nature, on aurait dit…c’était peut-être un dieu ? le dieu de la chasse, son futur mari…

Les arbres ne bougeaient pas de chaque côté du sentier. Leurs feuilles se taisaient. Pas le moindre petit frémissement sur son passage. Seul un écureuil osa rouler, pareil à un rayon d’or, jusqu’au faîte d’un bouleau pour les voir passer. Un oiseau cria son admiration à un moment donné. C’était peut-être une corneille bavarde, incapable de se taire, tant elle avait trouvé l’Indien beau.

La rivière attendait au bout du layon. Toute bleue et muette. Pas un petit clapotement sur son bord. Que le silence de l’émerveillement absolu. Le canot d’écorce entailla l’eau, qui laissa échapper des vaguelettes toutes tendres, débordantes de perles d’écume et de pointes d’or…

La main cuivrée de l’Indien saisit la rame. À peine assis, il glissa, irréel et dédoublé sur le paysage inversé qui montait du fond des eaux.

Il était superbe, l’Indien, son futur mari, qui s’amenuisait de quart d’heure en quart d’heure. Il ne fut bientôt plus qu’un point tout petit. Cela aurait pu être un oiseau ou quelque chose qu’on ne savait pas, au loin sur l’eau...

Et la langoureuse rivière Saint-Maurice s’étendait, insoucieuse, avec son petit point précieux. L’Indienne, sur la rive, la guettait des yeux. Quand le soleil se coucherait, il faudrait bien que la rivière lui rende son amant. Une rivière n’a rien à faire la nuit d’un Indien sur son dos.

À midi, un souffle de vent passa, chuchota quelques mots à la rivière qui, du coup, se brouilla. Cela effaça jusqu’aux mirages du fond, l’eau se mit à boursoufler ici et là…L’Indienne surprit sur la berge ce qui pouvait être, soit un rire, soit un soupir. Le sable était doux et ne voulait pas que l’Indienne traduisit. Les feuilles aussi murmurèrent quelque chose. Un grand oiseau battit d’une aile pour signaler qu’il avait compris.

Le vent revint. Il caressa rudement, mais caressa tout de même, le front inquiet de la femme jalouse qui épiait l’eau voluptueuse. L’eau qui déroulait jusqu’à la rive les ondulations violentes de sa chevelure écumeuse.

Les oiseaux s’affolaient. Ils rasaient le sol en d’habiles virages aigus. L’Indienne voyait filer leurs ailes sans même dévier ses yeux. Le visage impassible, elle fixait le petit point invisible au loin…

La rivière, sans doute, tentait de lui ravir son canot. Mais il était adroit, l’Indien, son bel amoureux, il ne la laisserait pas faire ! Il survolerait les vagues, roulerait sur le tapis moutonneux, il éclaterait de rire à la face coléreuse des eaux ! La rivière aurait beau le secouer de rage, mordre de ses dents mousseuses le fragile canot, il tiendrait ! La mâchoire méchante glisserait sur le canot huileux. Qu’il devait être beau ! le bel Indien, son futur mari, les cheveux brillants d’eau et la peau couverte d’écume, à cheval sur son embarcation blanche, tout seul à combattre sur l’eau !

La pluie soudain se mit à crépiter du ciel surbaissé et noir. Tout le corps de la rivière en fut troué. Elle se tortillait avec violence. Des éclairs zigzagant comme des épées, brandissaient leurs lames tordues au-dessus d’elle. L’Indienne, sans sourciller, assistait à l’assaut. Le tonnerre faisait vibrer le sol. Des couteaux d’or scalpaient, à tout instant, les cheveux gonflés de la rivière en panique.

Comme il devait être beau ! le bel Indien au centre de ces flèches rougeoyantes et de ces tams-tams terrifiants. Comme il devait se sentir brave dans son canot blanc ! trempé jusqu’aux os par les larmes rageuses de la rivière épouvantée.

La pluie cessa sec, comme une fusillade au milieu d’un combat. Le tonnerre roula son artillerie lourde vers les coins inoccupés du ciel. Le soleil ouvrit à demi son œil rouge et descendit se coucher sur la litière piquante et encore humide des épinettes.

L’Indienne, la chevelure ruisselante, la robe collée à sa peau brune, continuait de fixer de ses prunelles imperturbables la rivière qui lissait tranquillement les faux plis de ses eaux.

Comme il devait être beau ! le bel Indien, dans le canot sombre, la silhouette de ses vastes bras ramant sur la robe noire de la nuit.

Jour après jour, sans bouger, l’Indienne attendit. Toujours son regard immobile jaugeait durement les eaux. Elle ne faisait ni un geste, ni un pas. La rivière, indiscrète, venait de temps à autre lui clapoter des choses tout bas. Mais l’Indienne, sourde aux clapotages, impassible et hautaine, de son regard survolait les eaux. Comme il devait être beau ! l’Indien, bientôt son mari, ramant impétueusement vers elle, les muscles tendus et les bras durcis. Ses cheveux d’aigle, ses yeux luisants, son corps hâlé. Et avec sur sa tête, les deux plumes dont les barbes se défaisaient dans le vent.

Un oiseau parfois tentait de le lui dire…le plus tendrement qu’il put. En modulant un peu pour que ce soit presque un chant. Mais l’Indienne, sourde, demeurait là, immobile, sans regarder l’oiseau. Le vent essaya lui aussi … avec des airs de violons, des bruissements dans les feuilles, des sifflements tordus. Mais l’Indienne, sans broncher, continuait de regarder au loin...

Son corps, avec le temps, durcissait. Elle ne sentait plus sur sa peau les becs durs des aigles, ni dans son être la morsure de la faim. Elle devenait rigide. Ses yeux, fixes comme la pierre, continuaient de scruter la rivière.

La rivière, à ses pieds, commença à ressentir une gêne. Elle roulait gauchement ses eaux ou bien refaisait, sans raison, la même vague. Elle n’osait plus demeurer calme, de crainte de refléter, avec le paysage des alentours, le corps statufié de cette femme qui obstinément fixait l’horizon.

Le vent en était troublé lui aussi. La présence de cette Indienne, plus têtue qu’un bouleau, l’intimidait, lui le vent des orages, le faiseur de tempêtes. Par conséquent, l’inventeur des naufrages ! Avec un air de rien, il soulevait de son haleine marine les sables et les poussières de la rive, les accumulant aux pieds de la femme calcifiée. Pendant que la rivière, confuse, furtivement reculait, le vent, avec patience, s’affairait discrètement autour de l’Indienne pour l’enterrer.

Il en fallut des jours et des nuits, des ans et des siècles, au vent pour accumuler assez d’humus et de calcaire pour enchâsser jusqu’à la nuque le corps de pierre de l’Indienne obstinée. La rivière s’en inventa des subtilités, s’en forgea des raisons, pour reculer. Histoire de ne pas être témoin des rides, des entailles profondes, que sculptait cruellement sur le visage de roc de l’Indienne fidèle le passage des ans.

C’est pourquoi la rivière Saint-Maurice coule aujourd'hui - honteuse et les eaux basses - en retrait de la ville. Elle fait semblant d’ignorer que là-haut sur la colline, une grand-mère de pierre, au visage ravagé, continue de fixer de son œil de calcaire un point invisible,-et comme éternel sur l'eau...




Posté par LadyLouve à 13:40 - Légendes amérindiennes - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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