27 mars 2008
Paix sur la Terre
Un chant pour la Paix.
À Michèle... patience... courage... espérance...
2008. Difficile à croire lorsqu'on regarde la violence et la répression qui sévissent encore dans le monde. En Irak, au Tibet et partout où la guerre est maîtresse des coeurs.
Mais quand les hommes apprendront-ils donc enfin à vivre d'amour ?
Voici une des plus grandes chansons pour la paix qui soit. Elle a fait le tour de la planète, a été traduite dans toutes les langues. Unissons nos voix pour que les vibrations de cette chanson s'envolent jusqu'aux confins de l'Univers. Comme une prière. Qu'elles appellent la Paix sur la Terre.
QUAND LES HOMMES VIVRONT D'AMOUR
paroles et musique: Raymond Lévesque
Interprétée par Luce Dufault
Quand les hommes vivront d'amour,
Il n'y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous nous serons morts, mon frère
Quand les hommes vivront d'amour,
Ce sera la paix sur la terre
Les soldats seront troubadours,
Mais nous nous serons morts, mon frère
Dans la grande chaîne de la vie,
Où il fallait que nous passions,
Où il fallait que nous soyons,
Nous aurons vu la mauvaise partie
Quand les hommes vivront d'amour,
Qu'il n'y aura plus de misère
Peut-être songeront-ils un jour
À nous qui serons morts, mon frère
Nous qui aurons aux mauvais jours,
Dans la haine et puis dans la guerre
Cherché la paix, cherché l'amour,
Qu'ils connaîtront alors mon frère
Dans la grande chaîne de la vie,
Pour qu'il y ait un meilleur temps
Il faut toujours quelques perdants,
De la sagesse ici-bas c'est le prix
Quand les hommes vivront d'amour,
Il n'y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours,
Mais nous serons morts, mon frère.
March 15, 2008
Communiqué de presse
Pour diffusion immédiate
Les Tibétains de Montréal et leurs supporters tiennent une vigile en soutien aux protestations
(Montreal, le samedi, 15 mars 2008) – Les autorités chinoises ont répondu vendredi avec une force brutale aux protestations se déroulant présentement à Lhassa et partout au Tibet. Des sources à l’intérieur du Tibet mentionnent que des tanks chinois sont arrivés à Lhassa hier matin et que des milliers de troupes armées ont scellé les trois plus grands monastères, d’où les protestations ont commencé ce lundi. Suite à l’arrêt par la police d’une manifestation tenue par les moines du monastère Ramoche au centre de Lhasa, des douzaines de moines et de laïcs ont confronté la police armée dans les rues, renversant des véhicules de police et les mettant en feu. La police a tiré sur la foule de manifestants et au moins deux personnes et jusqu’à 33 seraient morts.
« En prenant un grand risque, les Tibétains partout au Tibet se soulèvent contre l’occupation de leur patrie pour montrer au monde que, 5 mois avant les JO de Pékin, la situation au Tibet est critique et demande l’attention internationale », a dit Dermod Travis, Directeur exécutif du Comité Canada Tibet. « Des années de répressions politiques de la part de la Chine, des dénonciations répétées du Dalaï Lama, ainsi que la réponse violente aux manifestations pacifiques par les moines plus tôt cette semaine ont aggravé les tensions et le désespoir ressenti par les Tibétains partout au Tibet. »

À Labrand, dans le Tibet oriental (aujourd’hui la province chinoise de Gansu), 3000 personnes ont convergé dans les rues hier alors que le Centre Tibétain pour les Droits de la personne et la Démocratie a rapporté des agitations très répandues à travers les provinces tibétaines du Kham (présentement la province du Sichuan) et de l’Amdo (province du Qinghai). L’ambassade américaine à Pékin a dit qu’elle avait « reçu des témoignages de première ligne de citoyens américains dans la ville qui ont rapporté des coups de feu et d’autres indications de violence ». Les gouvernements étrangers demandent au gouvernement chinois de faire preuve de retenue et ont émis un avis de voyage pour la Région autonome du Tibet.
« La Chine a submergé le Tibet avec des colons chinois, a investi dans des méga-projets coloniaux tel que le chemin de fer afin de solidifier sont contrôle, et a attaqué impitoyablement la culture et la religion tibétaines », a dit Maude Côté, membre d’Étudiants pour un Tibet libre. « Alors que les Olympiques approchent et que les yeux du monde se tournent sur Pékin, ce déversement de frustration en est la conséquence naturelle ».
Le Dalaï Lama, leader tibétain en exil, a appelé le gouvernement chinois à « arrêter d’utiliser la force et d’adresser l’amertume que le peuple tibétain couve depuis longtemps ». En concert avec les Tibétains exilés partout sur la planète, les Tibétains à l’intérieur du Tibet ont lancé les manifestations lundi afin de marquer le 49e anniversaire du soulèvement national populaire tibétain. « Le moment choisi et l’ampleur de ces agitations à travers le Tibet indiquent un vrai soulèvement tibétain contre l’occupation illégale du Tibet par la Chine », a ajouté Mme Côté.
Contact:
Dermod Travis
Comité Canada Tibet, 514.487.0665
Site: Comité Canada-Tibet
Aux Canadiens, si vous voulez savoir ce que vous pouvez faire pour aider les Tibétains, informez-vous ICI
26 mars 2008
Passages

Image: Jim Warren
Voici un texte que j'avais publié l'an dernier sur un autre blog, à la même date. Je voulais le remettre ici aujourd'hui avec de légères modifications, entre autres dans les chiffres ! Merci à ceux et celles qui n'ont pas oublié. Ici comme ailleurs...
Passages
26 mars 1957.
C’est sans doute en hurlant de toute la force de mes petits poumons que je sortis la tête ce jour-là, avec plus de 4 semaines d’avance. Moi et mon éternelle impatience! J’ai toujours aimé être à l’heure, être là à temps pour les événements importants, j’allais quand même pas être en retard pour faire ma grande entrée!
C’était le printemps, tout comme aujourd’hui. Au fond, y a pas grand chose qui ait changé depuis. Presque rien. À part la venue de la télévision couleur, du téléphone portable, du walkman, de l’ordinateur, des CD, des MP3, des communications par satellites, du laser, de la carte à puce. La musique techno, la contraception, la transplantation cardiaque, les premiers pas sur la lune, la chute du mur de Berlin, la première navette spatiale, la caméra vidéo, l’insémination artificielle et quelques autres petites choses. Non… Un demi siècle en fait, quand on y pense, c’est rien du tout!
Ça fait quand même tout drôle, d’avoir 50 ans. Ah le temps !! Quand on a 10 ans, on n’en a pas la notion. On croit que les gens de 30 ans sont déjà des vieillards. À 20 ans, on a bien d’autres choses beaucoup plus importantes à faire que de s’occuper de ce genre de peccadilles. On le regarde passer, tranquillement. À 30 ans, on se consacre à sa carrière. On travaille à bâtir ses rêves avec ceux qu’on aime, tant et si bien que finalement, il est passé et on l’a pas vu.
À 40, on veut tout entreprendre, aller partout, tout expérimenter, tout voir. On veut tout faire ce qu’on a toujours voulu, parce qu’on se rend compte à quel point il file vite, le temps. Certains de nos rêves tournent à l’urgence, certains projets à l’abandon. C’est l’heure des bilans, des mises au point. On repense les priorités. On entrevoit le jour de la cinquantaine avec appréhension, en essayant de ne pas trop y penser.
Mais les années viennent et s'en vont sans qu'on puisse les arrêter ni même les ralentir. On dirait que plus ça va et plus ça va vite ! C’est aujourd’hui. Heureux jour d’entre tous : Le jour de mon anniversaire... 51 ans déjà!
Pourtant, je n’ai pas été foudroyée par un éclair paralysant. Mon miroir me renvoie le même reflet qu'hier, le même visage. Oh il y a bien quelques rides, toutes petites, qui sont apparues au coin des yeux, au fil du temps, presque rien.
L’ amour, l’amitié, les sentiments prennent de plus en plus d’importance. Le temps passé près de ceux qu’on aime, les désirs, les joies mais aussi les peines, tous ces instants deviennent tout à coup plus précieux que tout l’or de la terre.
Au fond, le temps, l’âge, ça n’a pas beaucoup d’importance. Tant que le cœur est capable d’aimer, il reste jeune indéfiniment. Nous avons tous le même âge. Nous sommes tous des âmes en transit. Cinquante petites années ne sont qu’un soupir dans l’Éternité. Et le Grand Voyage continue.
23 mars 2008
Le Corbeau

Image: Richard Hook
Comment le corbeau est devenu noir
Il y a très, très longtemps, quand la terre et ses habitants étaient encore jeunes, les corbeaux étaient tous blancs comme neige. En ce temps-là, les hommes n'avaient ni chevaux, ni fusils, ni armes en métal. Mais ils dépendaient pourtant de la chasse au bison pour manger et survivre. Il était difficile, aléatoire et dangereux de chasser le bison à pied, avec des armes à pointe de pierre.
Les corbeaux rendaient les choses encore plus difficile aux chasseurs, car ils étaient les amis des bisons. Ils montaient très haut dans le ciel, au-dessus de la prairie, d'où ils pouvaient voir tout ce qui se passait. A chaque fois qu'un chasseur s'approchait d'un troupeau, les corbeaux volaient jusqu'à leurs amis, et, se perchant entre leurs deux cornes, ils les mettaient en garde « Croa, croa, croa, chers cousins, voici venir des chasseurs. Ils sont en train de ramper dans le ravin qui est là-bas. Ils sont derrière cette colline. Attention ! Croa, croa, croa! » en les entendant, les bisons s'enfuyaient au galop, et alors, les gens mouraient de faim.
Les hommes se réunirent donc en conseil pour décider quoi faire. Parmi les corbeaux, il en était un énorme, deux fois plus gros que tous les autres, qui était leur chef. Pendant le conseil, le vieux sage se leva et suggéra ceci : « il nous faut prendre le grand corbeau blanc et lui donner une bonne leçon. Nous n'avons que cette solution, ou bien nous allons continuer à avoir faim » Il prit une grande peau de bison, entière, avec la tête et les cornes, et il la posa sur les épaules d'un jeune brave, en disant : « mon neveu, glisse-toi parmi les bisons. Ils te prendront pour l'un des leurs, et ainsi tu pourras capturer le grand corbeau blanc »
Ainsi déguisé en bison, le jeune homme se faufila au milieu du troupeau et fit semblant de brouter. Les grands animaux hirsutes ne lui prêtèrent pas la moindre attention. Ensuite les chasseurs quittèrent leur campement et le suivirent, leur arcs tous prêts. Comme ils s'approchaient du troupeau, les corbeaux s'en vinrent, comme d'habitude, prévenir les bisons : « croa, croa, croa, chers cousins, les chasseurs viennent pour vous tuer. Gardez-vous de leurs flèches. Croa, croa, croa ! » Et, comme d'habitude, tous les bisons de s'enfuir au galop....... Tous, sauf bien sûr le jeune chasseur sous sa peau hirsute, qui faisait semblant de continuer à brouter.
Le grand corbeau blanc vint donc se percher sur les épaules du chasseur, et battant des ailes, il lui dit « Croa, croa, croa, mon frère, es-tu sourd ? Les chasseurs sont tout près, juste de l'autre côté de la colline. Sauve-toi ! » Mais, à ce moment-là, le jeune chasseur laissa tomber sa peau de bison et s'empara de grand corbeau en le saisissant par les pattes. Puis il prit un lien de peau, lui attacha les deux pattes ensemble et attacha l'autre extrémité à une grosse pierre. Le corbeau se débattait tant qu'il pouvait, mais en vain.
Les hommes de nouveau tinrent conseil. « qu'allons-nous faire de ce sale corbeau, qui nous a affamés tant de fois ? Je vais le brûler ! « s'écria un chasseur en colère. Et avant qu'on ait pu faire le moindre geste, il arracha le corbeau des mains du jeune chasseur et le plongea dans le feu du conseil, avec sa pierre et sa lanière de cuir. « ça t'apprendra ! » lui dit-il.
Bien entendu, le lien qui l'attachait à la pierre brûla complètement presque tout de suite, et le grand corbeau réussit à s'envoler. Mais il était un peu roussi, et certaines de ses plumes étaient carbonisées. Il était toujours aussi gros, mais il n'était plus blanc. « croa, croa, croa ! « cria-t-il en s'envolant du plus vite qu'il pût. Jamais je ne recommencerai ; je n'avertirai plus les bisons, Je vous le promets ! Croa croa croa ! »
C'est ainsi qu'il réussit à s'échapper. Mais, depuis ce temps-là, tous les corbeaux sont noirs.
Raconté par les Sioux Brûlés

19 mars 2008
Un Peuple à effacer
Image: culture-amerindien.com
Un peuple à effacer
Tuer l'Indien au coeur de l'enfant
Décembre 1962
La grande auto noire s'était enfin arrêtée après avoir roulé des heures. Sur la banquette arrière une petite fille de 5 ans à peine, le nez collé à la vitre, ouvre de grands yeux ébahis sur l'énorme bâtiment de pierres. De toute sa vie, elle n'a jamais vu de maisons aussi grandes. La portière s'ouvre et l'homme lui sourit en lui faisant signe de descendre. Il lui prend la main pour la conduire à la porte de l'institution.
Son petit cœur bat très fort dans sa poitrine, elle ne sait pas ce qu'elle vient faire ici parmi tous ces étrangers, ni ce qu'on attend d'elle. Elle observe cet inconnu qui est venu les visiter dans sa maison ce matin, avec ses habits de toile tout neufs et son odeur sucrée. Il avait parlé dans la langue des blancs. Les hommes avaient discuté très fort et les femmes avaient pleuré. Puis sans un mot d'explication, on l'avait habillée et emmenée.
La religieuse qui vient leur ouvrir la regarde à peine alors que l'homme la pousse à l'intérieur puis s'en retourne aussitôt. Elle reste là avec cette dame inconnue toute vêtue de noir qui s'adresse à elle dans une langue qu'elle ne comprend pas et qui lui fait peur. Elle se met à pleurer. Elle voudrait retourner chez-elle avec les siens.
Mais sans l'écouter, on lui enlève ses vêtements, on la lave, on coupe ses cheveux, on lui passe une tunique empesée et froide dans laquelle elle se sent inconfortable. Lorsqu'à la fin, on la laisse pour la nuit dans la grande salle remplie de petits lits et de couchettes en rangées serrées, tremblante de peur et de frustration, elle n'a plus qu'une seule idée: s'enfuir très loin d'ici et retourner chez-elle.
Il y a 45 ans de cela. Elle n'est toujours pas rentrée…
C'est à travers des souvenirs rendus un peu flous par le nombre des années, les souvenirs de la petite fille confuse et effrayée que j'étais alors, que je raconte aujourd'hui cette histoire. Ainsi ce jour-là, j'avais été officiellement inscrite à la "crèche" de Gaspé, pour y être adoptée: je ne retrouverais plus jamais ma culture, je ne reparlerais plus ma langue, je ne serais plus jamais en contact avec mes racines. Mais pour moi contrairement à ce qui est arrivé à des centaines d'autres enfants amérindiens, l'assimilation se ferait sans les sévices et les menaces avec lesquels, eux, devaient vivre tous les jours dans les pensionnats indiens, sans les punitions et les humiliations qu'ils devaient y subir. Dans mon cas, effacer l'indien de mon cœur pourrait se faire sans violence et même avec douceur, par l'adoption.
Mes parents étaient décédés et bien qu'un oncle m'ait recueillie pour m'élever sur la réserve avec notre famille, l'agent du ministère est venu me prendre chez-moi ce jour-là. Il avait dû être fort content de son travail, grâce à lui on aurait réussi à civiliser une petite sauvageonne de plus !
Il avait presque raison. Dès le lendemain de mon arrivée chez les religieuses, j'ai accroché d'abord par un coin de son manteau à lui et ensuite par un coin de leurs cœurs, un couple de Québécois qui passaient tout près de mon lit. Ils ont été des parents adoptifs extraordinaires, faisant l'impossible pour me donner tout ce qu'un enfant peut désirer: une bonne éducation, beaucoup d'attention et tout leur amour. J'ai été bien élevée, j'ai grandi comme n'importe quelle petite fille blanche de mon entourage et j'en ai reçu tous les privilèges. Oh oui, j'ai vraiment eu beaucoup de chance.
Pourtant, je n'ai jamais oublié un seul instant mes racines autochtones. Plongée du jour au lendemain dans une culture qui m'était totalement étrangère et dans laquelle j'étais montrée du doigt comme un animal de cirque, j'ai commencé par me révolter, vouloir m'enfuir, puis, je n'ai pas eu le choix d'apprendre à imiter ceux qui m'entouraient et qui malgré tout, même malgré moi, m'aimaient comme leur propre enfant. Peu à peu, les traces de mon identité algonquienne ont commencé à s'estomper, du moins en apparences, et bientôt, il n'en paraissait presque plus rien. Extérieurement l'indienne s'était tue mais dans sa tête et dans son cœur résonnaient encore et toujours, les tambours.
Durant toute mon enfance et mon adolescence, j'ai cherché à retrouver ces racines qu'on avait voulu m'arracher, j'ai recherché cette identité perdue, dans les livres, les magazines, les journaux, les documentaires partout où on parlait des miens, partout où je pouvais. Mais les informations étaient déguisées, blanchies, filtrées à travers des regards qui ne comprenaient pas les choses qu'ils voyaient ou les gens dont ils essayaient de parler et mes questions sont restées muettes faute de savoir à qui les poser.
Aujourd'hui c'est avec consternation et tristesse que je réalise que ces racines que j'ai tant cherchées, je ne les retrouverai jamais intactes et que mes questions demeureront probablement sans réponses. La culture algonquienne est bien différente aujourd'hui de ce qu'elle était autrefois.
Depuis toujours la tradition amérindienne a été transmise de façon orale à travers les rêves, les contes et les légendes, à travers la parole des anciens. En retirant les enfants de leurs familles, en les privant de leur langue et de leur mode de vie, on les privait non seulement de leur passé mais aussi de leur avenir. Quand, après le pensionnat, ils rentraient finalement chez eux, comment leur était-il possible alors d'évoluer et de s'épanouir au milieu des leurs? Ceux-là même que durant tant d'années, on leur avait enseigné à mépriser? Comment vivre au sein d'une culture dont ils avaient appris à avoir honte? Comment apprendre des parents et des anciens, si on ne parle même plus le même langage?
De même, en éloignant les parents de leurs enfants, en les privant de leur rôle d'éducateurs, de leurs rôles de parents, on leur enlevait leur dignité.
Dans un reportage télévisé sur les pensionnats, il y a quelque temps, on citait un des responsables de l'époque: " L’objectif avoué de l’éducation est d’opérer une transformation radicale : il faut « tuer l’Indien au cœur de l’enfant ». En réalité, messieurs les agents du ministère, vous n'avez jamais réussi à tuer l'Indien au cœur des enfants, c'est toute leur fierté que vous avez tuée. La fierté d'être ce qu'ils étaient, des êtres humains d'une culture différente.
Délaissé par ses propres enfants, le peuple algonquien blessé se vide lentement de son essence, de son sang.
Aujourd'hui, parqués dans des réserves où les logements sont trop petits et pas assez nombreux, ils vivent dans des conditions d'insalubrité et de pauvreté extrêmes, noyés dans l'alcool et la drogue, brisés par la violence et par les cas de plus en plus nombreux de suicide, ils ont perdu espoir. Leur culture morcelée, atrophiée, n'existe pratiquement plus. Pour eux, une seule issue: oublier. Oublier ce qu'ils ont été. Oublier surtout ce qu'ils sont devenus. Oublier qu'au-delà des limites de la réserve, il y a tous les autres, riches, soi-disant civilisés, fiers habitants d'un pays qui se veut ouvert au monde et aux autres cultures. Tous ceux qui les regardent dépérir sans faire le moindre geste. Tous les autres qui savent et qui pourtant gardent le cœur et les yeux désespérément fermés.
Louve.
(Texte publié dans le journal "Le Jumelé" édition Hiver 2008)
18 mars 2008
Le bruit du bonheur
Image: Nadine Prost-Romand
J'ai reconnu le bonheur...
Au bruit de ses pas...
Quand je l'ai entendu partir.
Félix Leclerc
17 mars 2008
Le cercle de vie

Image: Proctic.net
Paroles des Anciens
Le cercle de vie
« Vous avez remarqué que l'Indien fait tout en suivant un cercle, et cela parce que les forces du monde procèdent toujours par cercles et que chaque chose tend vers la rondeur.
Autrefois, quand nous étions un peuple fort et heureux, nous tirions tout notre pouvoir de l'anneau sacré, qui nous garantissait la prospérité tant qu'il restait intact. En son centre, l'arbre en floraison se nourrissait du cercle aux quatre quadrants. L'est apportait la paix et la lumière, le sud la chaleur, l'ouest la pluie et le nord, avec le froid et les grands vents, la force et l 'endurance. Cette connaissance nous a été transmise du monde extérieur par notre religion.
Les forces du monde agissent toujours en cercle. Le ciel est arrondi et j'ai entendu dire que la terre est ronde comme une boule, et les étoiles aussi. Le vent, quand il souffle avec force, tourbillonne. Les oiseaux construisent leurs nids en rond, car ils pratiquent une religion identique à la nôtre. Le soleil décrit un cercle au-dessus de nous. La lune fait de même et les deux astres sont ronds. Même les saisons forment un grand cercle en se succédant dans un ordre immuable. La vie humaine est aussi un cercle menant de l'enfance à l 'enfance, et il en est ainsi de tout ce qui est animé. Nos tipis étaient ronds comme des nids d'oiseaux et disposés en cercle, anneau de la nation, le nid des nids où, selon la volonté du Grand Esprit, nous élevions nos enfants.»
( Black Elk Conseiller spirituel des Sioux Oglala en 1930 )
16 mars 2008
Petit Prince

Image: Kawaiigirls.com
- ... Adieu, dit-il... A. De St-Exupéry À Nathaniel
- Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux.
- L'essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.
- C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.
- C'est le temps que j'ai perdu pour ma rose... fit le petit prince, afin de se souvenir.
- Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l'oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose...
- Je suis responsable de ma rose... répéta le petit prince, afin de se souvenir.
Monsieur l'Aviateur
Vous l'aviez demandé
Vous voilà prévenu
Le Petit Prince est vivant
Et il est revenu.
Il a toujours ses cheveux d'or
Comme les blés
Et ses grands yeux
Couleur de ciel
Et jamais de sa vie
Il ne renonce à une question
Une fois qu'il l'a posée
Son rire comme des petits grelots
Qui chantent en cascade
Touche toujours le cœur
Comme le plus beau cadeau
Ah! petit bonhomme,
Comme j'aimais entendre ce rire!
À ses heures
Quand le temps est doux
Il lui arrive encore
De questionner les fleurs
Un peu, beaucoup, passionnément
A la folie ou pas du tout
Que t'as donc dit la marguerite
Petit Prince effeuilleur?
Il construit des châteaux
Avec des gardes aux créneaux
Des chevaliers en armures
Boucliers et montures
Il invente des mondes
Aux couleurs écarlates
Des îles aux trésors
Où vivent des pirates
Il a le coeur aussi grand
Aussi bon que la Terre
Tout éclatant de vie
Et débordant d'amour
C'est à cause de sa Rose
Puisqu'elle rayonne en lui
Toujours.
Il dit même parfois
Qu'il mourrait pour elle.
Vous voyez?
Il n'a pas changé.
Je voulais vous le dire
Je l'ai tout de suite reconnu
Et je suis accourue
Pour vous en avertir…
Si vous le voyez Monsieur l'Aviateur
Si vous le retrouvez
Dites-lui que je pense souvent à lui
Que je m'ennuie de nos jeux, de sa voix, de nos rires…
Dites-lui simplement, que je m'ennuie de lui...

05 mars 2008
Si

Image: Jim Warren
Si...
Si du grand Horloger
Je savais les secrets
Et si j'avais la clé
À faire vivre les rêves
Je me ferais rivière
Pour me laisser couler
Au creux de tes rochers
J'usqu'au fond de tes mers
Me bercer de tes vagues
Emmêlée à tes marées
Glisser contre ton sein
Et rejetée enfin…
À la fin du voyage
À nue sur tes rivages
Dans un dernier soupir
Entre tes doigts… mourir.
29 février 2008
Mouvance

Image: M. Valliant
En souvenir de Blandine.
Il était une fois qui n'était pas...
Elle m'était apparue un soir vers la fin du mois d'août.
L'été semblait ne plus vouloir finir. Le soleil insistait, réchauffait. Curieux, comme les jours où arrivent les choses, il fait toujours très beau.
J'avais été fort occupée, à récupérer, à re-cueillir les morceaux de ma vie éclatée, éparpillés ça et là tout le long de la route. Je venais de retrouver dans un fossé où on l'avait un jour jeté, barbouillé, cabossé, rapiécé de partout, mon coeur. Je le tenais encore quand en levant les yeux, je la vis près de moi...
Elle était venue comme ça, de je ne sais où, par hasard. Elle avait les yeux aux couleurs de la mer. Le soleil et le vent caressaient de leurs reflets ses cheveux de soie. Je la trouvai si incroyablement belle que je restai sans voix. Elle me fit un sourire et mon coeur, jusque là inerte entre mes mains, se mit soudain à battre.
Elle déposa à mes pieds le grand sac qu'elle portait sur son dos. Lorsqu'elle défit le nœud qui le tenait fermé, déjà s'en échappaient de la poussière d'étoiles, de la musique sacrée et des odeurs d'encens. Elle en sortit des mots tendres, des "J'aime et j'aimerai", de la magie, des tambours, des goûts de grands espaces. Elle en retira ensuite deux ailes magnifiques aux teintes orangées qu'elle fixa sur mon dos. En échange de mon cœur... Et je le lui donnai.
Nous nous sommes envolées, enivrées de nous deux, grimpant toujours plus haut, grisées par nos "Je t'aime". Et le ciel s'est empli de nos éclats de rire, de nos jeux, nos regards, de nos lèvres et de nos mains. Nous nous sommes aimées... Le monde s'est arrêté le temps d'une seconde, le temps d'une éternité, et j'ai su ce jour-là, la saveur du bonheur.
J'ai cueilli pour elle, toutes mes plus belles fleurs, lui ai fait un bouquet de tendresse et de larmes, de frissons et de promesses murmurées, d'étoiles dans les yeux et de petits bouts d' âme.
Quand elle m'a donné la main, j'ai bien cru que c'était le début du voyage. Je l'aurais suivie n'importe où... Jusqu'au bout de la terre.
Mais voilà qu'un vent mauvais s'est mis à souffler. Un vent de tempête et de froid, de ceux qui vous traversent et vous glacent jusqu'à l'os. Un nuage sombre est passé devant ses yeux, s'est glissé entre nous, colorant tout de gris. J'ai vu dans son regard s'éteindre l'étincelle et j'ai vu dans ses mains se faner mon bouquet et s'en flétrir les fleurs. Quelque chose entre nous venait de se briser. La magie, la romance? Je ne sais pas. Ces choses-là sont souvent bien impossibles à expliquer.
Elle s'est éloignée lentement, s'est détournée de moi, puis en silence, elle a remis dans son sac, la tendresse, les "je t'aime", les projets et les espoirs.
Les grandes ailes orangées se sont évanouies et je suis retombée brutalement dans la poussière. J'aurais voulu crier, courir vers elle, la supplier, la retenir, mais je n'avais plus de mots, plus de voix. Je restais là, incrédule et impuissante, comme étourdie, à la regarder s'éloigner. Je me sentais vieille et laide. J'avais des larmes dans les yeux et dans la bouche, un goût amer. J'étais seule de nouveau. Terriblement seule. Plus encore qu'avant.
Je la regardais partir. Sans même se retourner.
Sans un mot, sans un regard.
Elle s'en allait, tout doucement... comme elle était venue.
Comme s'en va l'été, comme s'en va le beau temps.
Elle s'en allait, en emportant mon coeur.

27 février 2008
Deux loups

Image: Denton Lund
Un vieil indien enseignait une leçon à son petit fils, il lui dit en ces mots:
Fils de mon fils, afin que tu comprennes les choses de la vie, écoute l'histoire que je vais te raconter:
Il y avait au cœur de la forêt, deux loups qui s'affrontaient en un impitoyable combat.
L'un des deux loups portait ce nom: Courage, dignité, droiture, honneur, vaillance, bonté et amour.
L'autre se nommait Couardise, lâcheté, méchanceté, égoïsme, préjugés et haine.
Alors, le jeune garçon demanda: Grand-père dis-moi, lequel des deux loups sera-t-il victorieux dans cet affrontement?
Le vieux sage répondit: Celui des deux que tu nourriras...
Légende Lakota






